Appel à communications - "Passions martiales"Journée d’études organisée dans le cadre de "Philies"- Pau, octobre 2025
Le 2 févr. 2025
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« Passions martiales », journée d’études organisée dans le cadre de « Philies : Pour une histoire contemporaine des passions culturelles collectives »
Université de Tours (Cethis) / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains) / Université de Pau et des pays de l’Adour (ITEM).
17/18 octobre 2025, Pau
Date limite : 2 juin 2025
Il est des termes trompeurs. Les « passions culturelles collectives » pourraient être considérées comme consubstantielles de l’excès, du débordement, de renversement. Or l’histoire contemporaine appelle à la nuance : elles constituent des phénomènes sociaux, inscrits dans des codes et des rites, obéissant à des normes, régies par des lois (sur la liberté d’association, sur l’organisation d’événements publics, etc.). La hiérarchie et l’ordre peuvent même en être des principes organisateurs, jusqu’à devenir passion nichée à l’intérieur de la passion : organiser la vie d’une association, tenir le calendrier de ses manifestations, publier avec ponctualité un fanzine dans un format maîtrisé. L’horizon émancipateur que l’on associerait volontiers aux passions culturelles n’empêche pas leur organisation rigoureuse.
L’ordre qui fait tenir les passions culturelles collectives peut aussi constituer leur objet d’élection. Cette disposition est particulièrement visible dans le goût pour les cultures martiales. Celles-ci trouvent historiquement leurs racines dans l’intérêt pour le domaine militaire, notamment pour son histoire, intérêt qui se vérifie encore aujourd’hui par les ventes d’ouvrages et de magazines spécialisés. Cependant, dès les années 1860, elles se doublent d’initiatives traduisant un goût pour l’action militaire : c’est le cas, par exemple, des sociétés conscriptives en France ou des sokols dans l’Empire austro-hongrois. L’essor de la culture sportive offre un nouveau cadre. Dès lors, le terme « arts martiaux » sert à désigner de nombreuses pratiques qui, nées dans un environnement militaire, se développent dans le monde associatif et visent une forme de vivre-ensemble ainsi que des objectifs de performance physique. Toutefois, ce que l’on entend par « passions martiales » à l’époque contemporaine dépasse ces pratiques : collections de militaria, intérêt populaire pour les fictions de guerre et, plus tard, pour les simulations de guerre (jeux de plateau, jeux vidéo), reconstitutions armées et costumées de batailles, musées consacrés aux guerres et aux objets qu’elles produisent. Loin d’être cantonnée aux temps et aux zones de conflit, la passion martiale s’inscrit dans un continuum de temps remarquable.
La journée d’études vise à baliser les différentes pratiques qui relèvent des passions martiales, du début du XIXe siècle à nos jours, à comprendre leurs évolutions, leurs ancrages politiques et sociaux. Elle s’inscrit dans le travail du collectif « Philies », qui se consacre aux passions ordinaires, à « l’histoire des organisations dédiées à l’exercice et à la promotion de ces passions, celle de leur institutionnalisation et de leur professionnalisation, mais aussi celle des partages et des transmissions »[1].
Les communications pourront répondre aux pistes suivantes, par des saisies panoramiques ou des études de cas :
1/ Institutions, réseaux, encadrements : les passions martiales s’inscrivent dans une histoire de groupes sociaux, potentiellement d’institutions qui les soutiennent (armées, collectivités, fédérations par exemple) et s’accordent avec un cadre légal qui peut favoriser ou limiter les passions martiales (en France loi sur 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées). Il s’agit également de comprendre les spécificités de l’encadrement des passions martiales, par rapport à d’autres types de passions collectives.
2/ L’ordre du corps : de nombreuses passions martiales se vivent et s’incarnent physiquement. Leur lien avec l’exercice militaire peut être direct, l’exercice servant de propédeutique au combat. Il peut être distant, voire pensé comme contention et contrôle de la violence. Arts martiaux dans leur grande diversité, pratiques de tatouage nourries de l’imaginaire militaire et, plus généralement, discours sur le corps pourront être étudiés ; la question du genre et celle du tropisme viril également.
3/ Acteurs : l’identification de ces passionnées et passionnés, à titre individuel ou collectif, peut mobiliser des critères sociaux et politiques divers (générations, sexes, appartenances, origines ethniques et sociales, groupes sociaux, etc.) qu’il s’agit d’interroger. Réciproquement, ces pratiques partagées nourrissent des sociabilités, contribuent à façonner des identités et participent de logiques de distinction et de différenciation.
4/ Objets, lieux et espaces : les passions martiales se fixent sur de nombreux objets qui peuvent engager des pratiques de collection. C’est le cas des militaria, artefacts ou répliques d’objets militaires : armes, décorations, uniformes mais aussi modèles réduits et soldats de plomb. Leur échange donne lieu à des conventions, des forums, des revues. L’histoire de ces objets recoupe en certains points celle des jouets.
En outre, les passions martiales investissent des lieux divers, parfois détournés de leur usage courant et chargés de sens nouveaux. On s’intéressera aussi bien aux musées, aux salles sportives, aux équipements spécifiques qu’aux donjons, forteresses et châteaux médiévaux et, plus généralement, aux sites historiques et lieux de mémoire mobilisés.
5/ Représentations et rapport à l’histoire : dans l’ordre des passions culturelles, celles qui se fixent sur les questions martiales entretiennent un rapport particulier à l’histoire. Il peut s’agir d’un passé mythifié ou d’événements authentiques que la passion charge d’affects et de significations nouvelles, parfois fortement politisées dans un contexte contemporain. Il faut enfin envisager le poids des représentations culturelles et notamment médiatiques. La littérature, le cinéma d’action, les jeux vidéos représentent de puissants réservoirs de modèles pour les passions martiales.
Calendrier
-Soumission d’un résumé en français ou anglais (2 500 signes maximum) et d’une brève notice bio-bibliographique à l’adresse suivante : rencontres.philies @ gmail.com avant le 2 juin 2025
-Notification : 16 juin 2025
-Journée d’études : 17 et 18 octobre 2025. Une prise en charge des frais de déplacement et d’hébergement (une nuitée) est envisageable.
Informations
Adresse du carnet de recherche du projet : https://philies.hypotheses.org
Contact de l’organisateur et des organisatrices : loic.artiaga @ univ-pau.fr ; fabien.archambault @ univ-paris1.fr ; pascale.goetschel @ univ-paris1.fr ; julie.verlaine @ univ-tours.fr
[1] Voir https://philies.hypotheses.org/