AAC - Occulte(s): pratiques et réception des savoirs alternatifs dans les sociétés européennes (XVIe-XIXe siècle)

Appel à communications - Journée d'étude

Date : 19 février 2027
Lieu : Université de Pau et des Pays de l’Adour

Entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, l’Europe voit se développer, en marge mais aussi au sein de ses institutions savantes et religieuses, un vaste ensemble de savoirs, de pratiques et d’imaginaires que l’on désigne aujourd’hui par le terme d’« occultisme », apparu au XIXe siècle.

D’une manière plus large, l’occulte englobe l’ensemble des pratiques et des systèmes de croyances développés autour de phénomènes mystérieux, invisibles, tenus secrets en raison de leur nature inconnue ou déviant des normes établies par les sociétés. Loin de constituer un simple résidu de « superstitions » vouées à disparaître avec les progrès de la raison, ces courants traversent trois siècles de bouleversements intellectuels non linéaires, de la Renaissance au romantisme en passant par les Lumières et l’essor des sciences expérimentales. Bien que réservés à des cercles d’initiés, ces savoirs se diffusent, évoluent, se recomposent par des interactions constantes, choisies ou subies, avec la théologie, la philosophie, les arts, les normes sociales et les progrès scientifiques.

Après s’être longtemps concentrée sur la production des savoirs occultes, l’historiographie s’est progressivement tournée vers la question de leur circulation et de leur diffusion dans les sociétés européennes, notamment dans les élites et les milieux populaires, ainsi que leur gestion par les autorités politiques et religieuses.

Cette journée d’étude se propose d’explorer ces glissements épistémologiques dans une approche tout à la fois synchronique et diachronique mais aussi interdisciplinaire, en s’interrogeant non pas sur les écrits des lettrés sur l’occulte, mais sur la façon dont les sociétés d’Ancien Régime, puis du XIXe siècle à l’heure où la culture de masse se profile, se les sont appropriés. Autrement dit, comment ces savoirs ont-ils circulé, été reçus, transformés, utilisés ou combattus par des institutions mais aussi des publics très divers, du paysan à la haute-société urbaine, de l’analphabète au fin lettré ?

Dans cet objectif, trois axes seront à privilégiés : 

  • Sciences occultes, réseaux et mondanités : Ce premier axe invite à interroger les pratiques occultes comme des faits qui s’inscrivent dans des réseaux de sociabilité. Il s’agira d’analyser les modalités de leur légitimation, de leur diffusion et de leur popularisation dans divers milieux sociaux, notamment dans des cercles mondains (salons, sociétés savantes, cercles initiatiques, etc.). Les pratiques occultes peuvent également participer à la construction de formes de distinction sociale, de capital symbolique ou encore d’une identité collective. Il s’agira aussi de s’intéresser aux figures de médiation (guérisseuses, pseudo-sorcières, magnétiseurs, spirites, voyants, etc.) qui jouent un rôle fondamental dans leur diffusion.
  • Arts et cultures de l’occulte : Seront ici explorées les représentations des savoirs et des pratiques occultes dans les productions artistiques et culturelles. Les contributions pourront s’intéresser aux motifs, aux figures et aux imaginaires liés à l’occultisme dans la littérature, les arts visuels, l’architecture, la musique et le théâtre. Une attention particulière sera portée à la diffusion et à la réception de ces œuvres, entre fascination, rejection ou appropriation, par le public, ainsi qu’à la manière dont ces productions façonnent et transforment les savoirs et les pratiques. Les études aborderont également les influences de l’occulte sur les cultures populaires et de masse, comme les romans-feuilletons, en interrogeant les liens entre création artistique, marché culturel et construction d’imaginaires collectifs.
  • Pratiques occultes et institutions : Cette dernière thématique vise à examiner les relations complexes entre les médiateurs/adeptes de l’occulte, les autorités publiques et les institutions religieuses. En fonction des périodes et de divers facteurs, ces dernières condamnent, tolèrent ou s’accommodent et se réapproprient les pratiques occultes, donnant ainsi lieu à des tensions entre orthodoxie et hétérodoxie, à des processus de stigmatisation ou de marginalisation, mais aussi à des phénomènes d’hybridation entre croyances occultes et traditions religieuses établies. Pourront également être étudiés les dispositifs de régulation (juridiques, théologiques, médicaux) mis en place pour encadrer les pratiques dites occultes.

Modalités de soumission

Les propositions (1500 signes), accompagnées d’un bref CV et de la liste des principales publications, sont à envoyer avant le vendredi 11 décembre 2026 aux adresses suivantes :

  • helene.lanussecazale@gmail.com
  • viviane.delpech@univ-pau.fr

Bibliographie critique sélective

  • Armando David, Belhoste Bruno, « Le mesmérisme entre la fin de l’Ancien Régime et la Révolution : dynamiques sociales et enjeux politiques », Annales historiques de la Révolution française, 391(1), 2018, p. 3-26.
  • Boudet Jean-Patrice, « Des savoirs occultes et illicites ? Les textes et manuscrits de magie en Italie (XIVe – début du XVIe siècle) », in Chandelier Joël, Robert Aurélien. Frontières des savoirs en Italie à l’époque des premières universités : XIIIe-XVe siècle, 505, École française de Rome, pp.509-539, 2015.
  • Cuchet Guillaume, Les voix d’Outre-tombe, Paris, Seuil, 2012.
  • Cuchet Guillaume, La religion des morts, Paris, Seuil, 2026.
  • Doering-Manteuffel Sabine, L’Occulte : l’histoire d’un succès à l’ombre des Lumières. De Gutenberg au World Wide Web, trad. Olivier Mannoni, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2019.
  • Fabre Côme, Krämer Felix (dir.), L’ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst, catalogue d’exposition, Paris, 5 mars – 29 juin 2013, musée d’Orsay, Hadje Cantz, 2013.
  • Favret-Saada Jeanne, Les Mots, la Mort, les Sorts : La Sorcellerie dans le bocage, Paris, Gallimard, 1977 (1ère édition).
  • Fauchereau Serge et al. (dir.), L’Europe des esprits ou La fascination de l’occulte, 1750-1950. Catalogue de l’exposition du musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 8 octobre 2011 – 12 février 2012, Strasbourg, Éditions des Musées de Strasbourg, 2011.
  • Ginzburg Carlo, Le Sabbat des sorcières, Paris, Gallimard, 1992.
  • Goodare Julian, The European Witch-Hunt, Londres, Routledge, 2016.
  • Honoré Vincent (dir.), Possédé.e.s, déviance, performance, résistance, catalogue de l’exposition. Montpellier (MOCO), Milan, Éditions Silvana, 2020.
  • Kalifa Dominique, Les bas-fonds : histoire d’un imaginaire, Paris, Seuil, 2013.
  • Kouvouama Abel, Prignitz Gisèle, Maupeu Hervé (dir.), Sorcellerie, pouvoirs, écrits et représentations, Pau, PUPPA, 2018.
  • Peter Jean-Pierre, « De Mesmer à Puységur. Magnétisme animal et transe somnambulique, à l’origine des thérapies psychiques », Revue d’histoire du XIXe siècle, 38, 2009.
  • Traversier Mélanie, L’harmonica de verre et Miss Davies, Paris, Seuil, 2021.

Comité scientifique

  • Loïc Artiaga, professeur d’histoire contemporaine (UPPA – UR 3002 ITEM)
  • Philippe Chareyre, professeur émérite d’histoire moderne (UPPA – UR 3002 ITEM)
  • Viviane Delpech, maître de conférences en histoire de l’art contemporain (UPPA – UR 3002 ITEM)
  • Guillermo Juberías Gracia, profesor ayudante doctor, histoire de l’art contemporain (Universidad de Oviedo – EsArt)
  • Abel Kouvouama, professeur émérite d’anthropologie (UPPA – UR 3002 ITEM)
  • Hélène Lanusse-Cazalé, professeur agrégée et post-doctorante en histoire contemporaine et sciences religieuses (EPHE – GSRL)

Comité d’organisation

  • Hélène Lanusse-Cazalé, professeur agrégée et post-doctorante en histoire contemporaine et sciences religieuses (EPHE – GSRL)
  • Viviane Delpech, maître de conférences en histoire de l’art contemporain (UPPA – UR 3002 ITEM)

Téléchargez l'appel à communications