Jean Copans

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Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (ITEM)
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L’oeuvre de Jean Copans et les zones critiques d’une anthropologie du contemporain


Paris, 11 et 12 Juin 2019
Date limite de soumission : lundi 06 mai 2019


Auteur prolifique, engagé dans la vie de multiples institutions, pédagogue hors pair, les recherches de Jean Copans restent à l'écart des débats et des hommages qui alimentent tant l’anthropologie que les études africaines, ou encore la sociologie politique. Alors que l’anthropologie du contemporain est toujours en quête d’un épistème, l’œuvre de Jean Copans est curieusement restée un angle mort de cette quête. Paradoxalement, l’un des fils conducteurs du travail revendiqué par Jean Copans est celui « Des crises d’identité de l’anthropologie » dans lesquelles il n’a cessé de souligner les tensions entre la nécessaire unité théorique de la discipline face à l’éclatement des objets, des terrains et des définitions revendiquées par les auteurs. Ces journées d’études se proposent de prendre le temps d’examiner les multiples facettes d’une œuvre protéiforme.


Collaborateur assidu et prolifique des Cahiers d'études africaines et de la revue Politique africaine, le nombre de recensions d'ouvrages signées de sa plume témoigne d’une intense activité de lecture du travail des autres. Peut-être est-ce d’ailleurs cette ouverture et cette capacité à recevoir la pensée de ses collègues qui constitue l'une des facettes importantes de sa démarche de chercheur ? Impliqué dans la recherche en train de se faire, ses lectures et ses commentaires en font à la fois un chroniqueur, un observateur et un analyste du temps présent. Et si ses traductions de l’ouvrage F.G. Bailey Stratagems and Spoils (1969) - traduit sous le titre Les règles du jeu politique (1971) -, et de l’ouvrage de Mahmood Mamdani, Citizen and Subject (1996) (Citoyen et Sujet. L’Afrique contemporaine et l’héritage du colonialisme tardif, 2004), font dorénavant partie du corpus incontournable des sciences sociales, et notamment de l’anthropologie politique, ses retours critiques sur ces mêmes ouvrages sont restés moins connus.


Comment qualifier son itinéraire et sa trajectoire dans des jeux de catégories qui, à peine énoncés, procèdent d’un réductionnisme ? Car de lecteur assidu, Jean Copans est aussi de ces passeurs et traducteurs lorsqu’il introduit les débats et les controverses de la revue Current anthropology dans le milieu des anthropologues français, et qu’il y prend une part active. Jean Copans a formé un bon nombre de jeunes collègues, africains ou pas, en poste pour un bon nombre d'entre eux, en Europe ou en Afrique. Quant à ses travaux, de la classe ouvrière en Afrique (noire) à ses engagements sur les sécheresses de 1973, en passant par ses réflexions sur les intellectuels en Afrique (La longue marche de la modernité africaine. Savoirs, intellectuels, démocratie), sur les nationalismes (voire le séminaire de Balandier 1964 et sa note sur le nationalisme Gikuyu au Kenya), sur la mouridologie dans ses échanges avec Cruise O’Brian, ou encore, la sociologie politique de l'Afrique et l'aventure Politique Africaine (il en fut l'un des piliers fondateurs, et ultérieurement, l’un de ses critiques) ; ils présentent tous une actualité surprenante, tant au regard de la multiplicité des objets et des terrains, que des résonances avec une vision de l'anthropologie du contemporain qui, étrangement, l'a maintenu à l'écart, ou tout au moins, l’a posé dans une altérité, disons « académique.


L’hologramme Jean Copans motive les initiateurs à consacrer deux journées d’études permettant de donner une juste place à l’anthropologue. Ces journées visent à scruter son oeuvre dans une histoire du temps présent (sans céder au présentisme), et ce faisant, à comprendre ce qu'il nous dit de l'anthropologie du contemporain, de l’actualité d’une science de l’Homme. De plus, les liens mentionnés entre l’auteur, son oeuvre et l’anthropologie du contemporain invitent aussi à articuler ce projet à un retour réflexif sur l’anthropologie de l’Afrique contemporaine, et à inscrire celle-ci dans une perspective internationale. Pour ce faire, les organisateurs lancent un appel à communication autour de 4 axes de réflexion, non exclusifs.


1-L’Afrique comme paradigme des sciences sociales chez Jean Copans : questionnements théorique et épistémologique


Selon Jean Copans, « la fonction épistémologique, rhétorique, voire décorative de l’exemplification africaine semble bien plus qu’un problème historique de voisinage et de fréquentation, d’expérience personnelle ou professionnelle de terrain. L’exemple africain (organisation villageoise, solidarité, misère encore digne, respect de l’État malgré les corruptions, culture « world » avant la lettre) propose un modèle sociopolitique qui correspond encore, en creux, à celui d’un « État-providence de proximité ». Le domaine de l‘expertise, incarné par les institutions internationales, les O.N.G., a modelé les expériences sociopolitiques contemporaines. Elles demeurent peu intégrées, presque confidentielles, dans la réflexion méthodologique générale des sciences sociales. La réflexivité portant sur les constructions de l’objet ou sur la faisabilité des politiques, des programmes et des opérations de développement, parfois analytique et critique, reste l’apanage d’un très faible nombre de chercheurs et de praticiens. Or, dans ses séminaires et ses interventions publiques, Jean Copans n’a jamais cessé de promouvoir une réflexion collective sur les sciences sociales au sens large (y compris l’économie politique), sur les manières de faire, des plus abstraites aux plus concrètes, en matière d’enquête de terrain, de recueil des données, de recherche documentaire, de construction et d’écriture à la fois des données et des résultats. On pourra interroger les rapports entre anthropologie théorique, politique et anthropologie appliquée.


2-Constructions nationales, mouvements sociaux et « ethniques » et sociétés civiles en Afrique noire


Dans son oeuvre, Jean Copans n’a cessé de souligner le décalage temporel quasi-permanent entre la rapidité et la violence des changements sociaux des sociétés africaines et les descriptions produites par les observateurs et les analystes spécialistes des sciences sociales. La variété des cas interdit toute généralisation hâtive. Il note la contraction entre les dynamiques de transformations inscrites dans la longue durée et leur réduction en situation de conjonction ; d’où la nécessite de faire des distinctions entre les « mutations » et les « crises » ; d’interroger les rapports entre les institutions politiques et les stratégies immédiates des acteurs. Il s’agira aussi de décrire les configurations du politique depuis les mouvements sociaux et politiques de la période des « ouvertures démocratiques » du début des années 1990 aux
« sociétés d’émergence » des années 2000.


3-Sciences sociales africaines et anthropologie du développement et de l’humanitaire


Dans ses travaux, Jean Copans montre comment les sciences sociales se sont penchées dès les années 1950 sur la question du développement. De nombreux facteurs ont contribué à la construction d’une dynamique tout à fait spécifique dans la construction de leur champ d’étude. Cette trajectoire
historique disciplinaire conduit à s’interroger sur l’existence ou non d’une science experte et coloniale autant que sur la diversité des traditions nationales induisant des rapports spécifiques entre sociologie et anthropologie. Cette historicité explique-t-elle les évolutions propres au champ du développement qui voit les ONG, et ultérieurement les tâches dites humanitaires, s’imposer progressivement (1980-90), dans les programmes de développement. Comment les travaux de Jean Copans réinterrogent-ils les méthodologies et les fonctions politiques des savoirs sur le développement ?


4- Anthropologie, sociologie, modernité africaine


La modernité, on en parle, ici et là, on en célèbre la valeur exemplaire et les prodigieuses réalisations en tant qu'activité rationnelle du sujet libéré des entraves de la nature. Tout bouge, tout est remis en question sous le règne de la modernité agissante. Les structures familiales se recomposent. Dans l’hypermodernité, l’Afrique intègre les flux d’informations désormais planétaires ; les configurations politiques émergent réactivant le religieux et l’ethnicité. En somme, tout est placé sous le signe de la recherche de la nouveauté et de la présentification de l'ancien. La modernité a été parfois perçue comme une « réinvention de la tradition ». Dans le même temps, comment dater cette modernité ?
Dans la "longue marche de la modernité africaine", Jean Copans interroge tour à tour la modernité occidentale et la modernité africaine en posant l’hypothèse qu'il "existe une série de relations entre la production (et la reproduction) de la société et l'élaboration des connaissances à propos de et à destination de cette société". A partir de la distinction entre modernisation et modernité, sous-jacente à une construction historique de la démocratie, l'anthropologue distingue, "d'une part, les légitimités invisibles de l'Etat, c'est-à-dire le contenu proprement politique d'une éventuelle modernité en gestation et de l'autre la question de la démocratie". Jean Copans montre comment "Le processus de construction de cette modernité (européenne)", est le résultat d'une double formalisation juridico-idéologique d'une part, intellectuelle et scientifique de l'autre. Cette formalisation du champ social s'exprime de manière synthétique au niveau politique sous l’énoncé de « modernité ». Aussi soutient-il l’idée que la pensée des intellectuels africains doit se libérer des tutelles occidentales et des contraintes idéologiques de la modernisation. Face aux turbulences de la modernité, qu’en est-il de cette émancipation intellectuelle et politique ?


Comité d’organisation :
Benoit Hazard,(IIAC & co-rédacteur en chef des Cahiers d’études africaines) ; Jean Bernard Ouédraogo (IIAC Laios) ; Ricardo Ciavolella (IIAC), Abel Kouvouama (ITEM, Université de Pau et des Pays de l’Adour), Gérald Gaillard (Université de Lille), Patrice Yengo (IMAF-EHESS), Tarik Dahou (DR IRD, Paloc), Franck Beuvier (IIAC).


Les propositions de contribution doivent comporter le nom de l’auteur, son affiliation professionnelle et son courriel. Elles doivent être envoyées à l’adresse suivante : copans2019@gmail.com