Bohèmes, Tsiganes, nomades... en Béarn et Pays Basque

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Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (ITEM)
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Etude de la présence de « Bohèmes », « Tsiganes », « nomades »… en Béarn et Pays Basque

Ce projet est au cœur des objectifs scientifiques définis par l’axe « Espaces, frontières et métissages », puisqu’il porte précisément sur les questions de frontières, réelles ou imaginées, sur les phénomènes de métissage et d’inter-culturalité, et qu’il s’intéresse à des migrations à la fois très anciennes (les Bouhémiaks du Pays Basque) et toutes récentes (les Roms de la région paloise).

Coordination générale: Sabine Forero-Mendoza, UPPA, ITEM et Jean-Luc Poueyto, UPPA, ITEM.

Présentation

La construction européenne, accélérée durant le dernier quart du XXème siècle, a eu pour effet d’identifier des « minorités » à protéger, soit des groupes de personnes qui, dans certains pays, n’étaient pas traitées à l’égal de leurs concitoyens. En 1993, la Recommandation 1203 relative aux Tsiganes en Europe, éditée par le Conseil de l’Europe, déclare : « En tant que minorité dépourvue de territoire, les Tsiganes contribuent dans une large mesure à la diversité culturelle de l'Europe, et cela à plusieurs égards, que ce soit par la langue et la musique ou par leurs activités artisanales ». L’Assemblée préconise aux Etats membres un certain nombre de dispositions, reposant pour l’essentiel sur l’éducation et la culture, telles que « l’enseignement et l’étude de la musique tsigane », un « programme européen d’étude de la langue tsigane », la « fondation de centres et de musées de culture tsiganes », et l’organisation d’une exposition itinérante sur les « influences réciproques des contacts avec la culture tsigane ». Le Conseil de l’Europe identifie donc bien une entité, celle de « Tsiganes », à laquelle sont rapportées « une langue » et « une culture » facilement identifiables,  essentiellement, pour cette dernière, à travers une musique qui serait elle-même « tsigane ».

Tout à l’opposé de telles caractérisations, bien des anthropologues, historiens, chercheurs en sciences politiques ou travailleurs sociaux indiquent que ces populations ne sont pas « dépourvues de territoire » et que, bien au contraire, elles montrent un grand attachement aux lieux dans lesquels elles résident. La plupart d’entre elles sont, en effet, sédentaires, et celles, minoritaires, qui vivent encore en caravane, restent très attachées à l’environnement local, pour des raisons culturelles, affectives, mais aussi car c’est là que sont enterrés leurs aïeux (comme c’est le cas pour les Manouches du Béarn).

Par ailleurs, bon nombre de Tsiganes ne parlent pas la langue romani et, quand ils le font, c’est à travers des dialectes qui diffèrent fortement les uns des autres. Enfin, toutes les études montrent que leurs diverses cultures sont toujours très fortement imprégnées par les cultures des lieux dans lesquels ils vivent, notamment dans le domaine culinaire ou musical.

En revanche, ces populations ont en commun d’avoir essuyé,  en particulier aux XIXe et XXe siècles, de terribles discriminations dont certaines ont eu pour résultat de les mener dans des bagnes (la grande rafle des Bohémiens du Pays Basque en 1802), dans des camps d’internement (comme, localement, ceux de Gurs ou de Lannemezan), voire dans les camps de la mort, une bonne partie des Tsiganes d’Europe ayant été anéantie durant la deuxième guerre mondiale.

Objectifs

Le projet de recherche porte sur l’histoire et la dimension sociale et culturelle de la présence tsigane dans le département des Pyrénées Atlantiques, présence séculaire mais renforcée au cours du XXème siècle par l’arrivée de nouveaux groupes familiaux. En effet, si les Bohémiens du Pays Basque et Bouhèmes béarnais semblent fixés le long des Pyrénées depuis la Renaissance, l’installation de groupes tels que les Gitans de la plaine de Nay, les Manouches des agglomérations paloises, oloronaises et bayonnaises, remonte, elle, au début du XXème siècle, voire du XXIème siècle pour ce qui concerne les Roms de la ville de Pau. L’enquête se donne pour but de croiser les représentations populaires et savantes de ces populations regardées comme « autres » avec des approches sociologiques, historiques, anthropologiques, littéraires et iconographiques portant sur une réalité qui en diffère souvent sensiblement. Concrètement, il s’agit d’examiner les traces de cette présence et du regard posé sur elle à travers la collecte et l’analyse de documents de nature variée : productions livresques savantes anciennes et récentes, articles de la presse régionale, données iconographiques (peintures, photos, estampes…), documents administratifs (carnets anthropométriques pour nomades de la première partie du XXème siècle, registres judiciaires), registres de cimetières, tombes familiales… On prend également en compte des éléments qui ressortissent au patrimoine immatériel (contes, légendes, chansons, « histoires pour effrayer les enfants », figures carnavalesques…). Enfin, une enquête menée directement auprès des populations, recueille des récits familiaux permettant de retracer certains parcours et de mieux saisir les formes de leur présence dans le département.

En interrogeant l’existence de constructions imaginaires qui visent, la plupart du temps, à établir des frontières et des séparations et en les confrontant à des situations existantes, ce projet tente de dégager des éléments qui, au-delà de stéréotypes, aideront à mieux comprendre comment s’est élaborée localement, mais aussi plus largement, la construction d’un « autre », réel ou fantasmé, qui a fait et fait encore figure de paria dans l’ensemble du territoire pyrénéen.

Dans une perspective comparatiste, la recherche prend tout d’abord la forme d’une enquête documentaire d’ordre historique, anthropologique et iconographique qui porte sur l’ensemble du territoire des Pyrénées Atlantiques, mais s’attache avec une attention particulière au Béarn, très peu étudié sous cet angle. Elle interroge également les modes de représentation de ces populations dans certains musées de société, en France et en Europe. Elle se prolonge ensuite par la mise en place d’un séminaire (20 et 21 mai 2016) qui réunira  des chercheurs ayant travaillé sur ces questions au niveau local, national et européen. Les travaux consécutifs à cette recherche donneront lieu à une publication sur une plate-forme internet ainsi qu’à une publication nationale.

Partenaires

Ce projet repose sur un partenariat actif sur le plan local, mené avec les institutions culturelles du département, telles que les archives départementales, les archives municipales de Pau (dont Pireneas), Oloron, Orthez, Bayonne, Ciboure, Saint-Jean-Pied-de-Port, le musée Basque de Bayonne, le musée municipal de Pau, le Centre Culturel Occitan INOC, l’association culturelle Basque DENAK BAT, le portail BILKETA, les archives départementales et le Bel Ordinaire de l’agglomération paloise)… Le Muséon Arlaten (Arles), le Musée Dauphinois (Grenoble), le Musée d’Aquitaine (Bordeaux) et le MUCEM (Marseille), ont manifesté leur intérêt et ont engagé leur participation, notamment à travers une recherche de documents relatifs au projet.

Sur le plan national, le Laboratoire d’Histoire et d’Institutionnalisation de la Culture (Lahic, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) ainsi que l’IDEMEC (Université Aix Marseille) sont partie prenante du projet. Enfin, un certain nombre de chercheurs intervenant sur ces questions dans des universités ou centres de recherche européens, tels que l’Université de Bolzano, le College of London, l’Université d’Europe Centrale à Budapest, l’Université de Genève, ont exprimé le souhait de s’associer au projet.

Phasage

Septembre 2015-décembre 2016 : recueil de données en Pays Basque et en Béarn

20 et 21 juin 2016 : séminaire  « Tsiganes, famille, travail, habitat », (ICL, UPPA PAU)

Juin-décembre 2016 : création site internet et alimentation de données recueillies (textes, enregistrements sonores, images, vidéos)

Juin-décembre 2016, édition nationale des actes du séminaire