Identités, patrimoines

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Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (ITEM)
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Axe II : Identités, patrimoines

A/ Identités et constructions identitaires (politiques, sociales, culturelles, religieuses, artistiques)

Coordinateurs : Laurent Jalabert et Véronique Lamazou-Duplan

Ce sous-thème s’attachera à appréhender les identités dans leurs constructions et leurs recompositions dans des espaces multiculturels au sein desquels circulent en permanence les hommes et les modèles politiques, sociaux, religieux et culturels, en lien avec la problématique des frontières. Les études menées sur le midi aquitain seront développées et comparées à des échelles régionales (grand sud-ouest français, Languedoc…), nationales et internationales (avec des universités ou laboratoires de recherche partenaires). Outre la production des résultats scientifiques, l’objectif est de renforcer les liens avec la société civile en matière de vulgarisation des savoirs, notamment en direction des collectivités territoriales. Plusieurs contrats de recherche en cours se rattachent à ce thème et seront poursuivis durant le nouveau contrat quinquennal.

1. - Identités politiques, sociales et religieuses

Les élites politiques

Les recherches sur les élites sont un fil conducteur du laboratoire de recherche depuis plusieurs contrats et seront reprises et renouvelées considérablement.

  • Seront poursuivis et développés les travaux autour des princes de Foix-Béarn-Navarre, des comtes de Foix vicomtes de Béarn (Gaston Fébus notamment, mais aussi les Centulle, les Moncade et les princes du XVe siècle) à Henri IV, dont les archives et la mémoire collective ont conservé l’empreinte. Leur personnalité, leur politique, les liens tissés avec les princes voisins, le discours et l’idéologie pactistes, spécifiques à la péninsule ibérique et au Béarn ont déjà fait l’objet de travaux qui seront affinés. On s’intéressera surtout aux rapports entre pouvoirs, espaces, sociétés, écrits. Les pouvoirs, quels qu’ils soient ; l’écrit, déjà bien étudié sur le plan notarial, mais aussi désormais envisagé comme instrument du développement et de l’exercice du pouvoir, comme porteur de discours politiques, identitaires, et ce, pour des échelles variables et pour des espaces et sociétés divers (campagnes, villes ; montagne/piémont…) ; sera aussi envisagée la question de l’appropriation de l’écrit ou le phénomène de percolation de l’écrit dans les différentes strates la société béarnaise médiévale (litteracy).
  • Les élites religieuses au temps de la souveraineté protestante de Béarn. Elle s’appuiera sur les textes législatifs et les délibérations des synodes. Ces travaux s’inscriront également dans le cadre de deux commémorations à venir, 1517 Luther et 1620, fin de la souveraineté béarnaise. Par ailleurs, l’édition intégrale de l’histoire du Béarn et de la Navarre par Nicolas de Bordenave rédigée dans les années 1590 permettra d’étudier les nouveaux modes d’écriture de l’histoire dans un contexte « national » dans ses enjeux politiques et religieux.
  • les notabilités provinciales sous la République : le laboratoire ITEM lancera un programme de recherche sur les élites politiques républicaines à l’époque de la décentralisation. Il s’agira ici de réfléchir aux mutations politiques contemporaines de la Cinquième république. Outre la constitution d’une base de données en matière d’archives orales, il s’agira de réfléchir au rôle des notabilités du midi aquitain dans le cadre du fonctionnement de la décentralisation, par le biais d’approches comparatives qui seront menées avec des universités partenaires de la région (Bordeaux-Montaigne, Toulouse-Jaurès) ou plus lointaines (Bretagne, Bourgogne, Ile-de-France notamment), voire européennes (Espagne, Italie notamment). Cette thématique sera développée au début du prochain contrat quinquennal (janvier 2016).
Les sociabilités religieuses

Les sociétés sont aussi animées par des religions productrices de normes et de rites qui s’ancrent dans une dimension territoriale. Leurs vagues successives de réactualisation, depuis la Réforme jusqu’au Pentecôtisme aujourd’hui, constituent un moyen d’établir de nouveaux liens entre les hommes au-delà des frontières. En effet, ces réactualisations permettent au travers des phénomènes syncrétiques d’intégrer les cultures locales dans une dimension globale. Des recherches comparées sur « les protestantismes dans l’espace européen » et des travaux en anthropologie autour du fait religieux, seront notamment étudiés pour la période des XVI°-XIX° siècles dans la seconde partie du contrat (à partir de 2018), autour de trois thèmes : coexistence et affrontements entre les communautés protestantes et catholiques ; les liens avec la communauté béarnaise en exil après la révocation de l’édit de Nantes et les protestants béarnais en Espagne. Sur le catholicisme contemporain, plus précisément au XXe siècle, seront menées des recherches sur les acteurs, ecclésiastiques et laïcs, sur les lieux et les expressions religieuses (en lien avec les travaux sur le PCI, sous thème 2.2.). En raison de la proximité du sanctuaire marial de Lourdes, de l'abondance de ses archives et de celles du diocèse de Tarbes et Lourdes, en grande partie classées, l'étude commencera par le département des Hautes-Pyrénées; avant de s'étendre aux autres départements des Pays de l'Adour.

Sociabilités et transitions en milieu rural

Cette thématique qui s’étend sur la longue durée sera un axe de réflexion mis en œuvre dès le début du contrat et pour toute sa durée. Pour les périodes médiévales et modernes, la question des sociabilités rurales pourra être relue en fonction des travaux évoqués dans les points précédents. La fin du Moyen Âge, dite de crise, période sur laquelle travaillent les chercheurs palois, est par excellence le temps des transitions : transitions vers la modernité mais aussi transition amont, entre moyen âge dit central (le temps des Centulle et des Moncade) et celui des Foix-Béarn. Un grand nombre de traits de la société béarnaise, très majoritairement rurale, semble devoir bien davantage aux XIIe et XIIIe siècles qu’au XIVe siècle fébusien, problématique de recherche qui mérite d’être suivie et approfondie. Le partenariat avec les universités voisines (Bordeaux-Montaigne et Toulouse-FRAMESPA) dans le cadre des journées internationales de l’abbaye de Flaran s’inscrit dans cette dynamique.

Pour l’époque contemporaine, l’étude des mutations du monde rural tout au long du vingtième siècle notamment placera l’idée de « transition » au cœur de la réflexion des chercheurs. Le programme autour de la viticulture (2014-2024) constituera un élément structurant de cette thématique et sera complété par d’autres thématiques sur des mutations récentes du monde rural (années 1940 à nos jours) : transformation des productions (autour du maïs), recherche de la qualité (labels AOC, élevage, etc.), nouvelles ruralités, inscription dans les cadres de la PAC… etc. Des comparaisons nationales, européennes et même internationales compte tenu des coopérations en cours, notamment avec l’Argentine (université de Quilmes), seront développées. Cette thématique sera complémentaire des travaux menés sur la zone pyrénéenne (thème 1).  ITEM est membre de la chaire UNESCO sur la viticulture portée par l’Université de Bourgogne).

2 - Identités culturelles et artistiques

Le glissement actuel de la notion d’identité d’un sens individuel à un sens collectif (l’identité dite culturelle) atteste, que l’individu ne peut penser son humanité singulière qu’à partir d’un horizon de signification fourni par son appartenance à un ou des groupes, soit sur le fond d’un partage, au double sens d’une mise en commun et d’une distinction. Il indique également une articulation foncière entre objectivité et subjectivité : l’identité culturelle dénote tout à la fois un ensemble de conditions et de traits propres à un groupe, censés lui conférer son individualité (territoire, langue, religion, mais aussi comportements et activités spécifiques, rituels et cérémonies, façons de dire et de faire, modes de vies et styles artistiques etc.) et le sentiment d’appartenance d’un individu à ce groupe, ce qui montre qu’il n’est d’identité culturelle que vécue. Enfin, il confirme que l’identité, à quelque niveau qu’on l’envisage, n’est jamais une donnée stable, encore moins figée, mais le produit de constructions sociales et historiques qui trouvent forme dans des idéologies et des systèmes imaginaires et symboliques.

La question des identités culturelles – qu’il s’agisse de leur définition comme des représentations qu’elles suscitent – mérite d’être repensée au prisme d’un double phénomène contrasté, celui de la fragmentation des sociétés qui rend plus difficile les identifications collectives et celui de la globalisation qui, d’un côté, favorise la définition d’une culture commune, mais de l’autre, s’accompagne d’une prise de conscience de la diversité culturelle, assortie parfois d’une montée en puissance de communautarismes identitaires. De telles situations seront interrogées par le biais de la longue durée.

Dans le cadre du prochain contrat quinquennal, deux axes seront particulièrement développés :

- L’analyse des productions artistiques, dans la mesure où elles correspondent à des formes d’expression individuelles et collectives, où elles unissent la subjectivité d’une proposition à l’objectivité d’une forme sensible et communicable et où elles ne vivent et ne survivent que d’emprunts, de transferts et de transmissions, constituent un terrain de choix pour l’étude de ces divers phénomènes. Les réseaux et les échanges établis avec diverses universités partenaires en Espagne et en Amérique latine devraient permettre d’examiner les interrogations liées aux identités culturelles par le biais de la vie artistique qui se développe dans un contexte de métissage où l’empreinte espagnole et portugaise est dominante, mais aussi sur le fond d’une résistance à l’envahissement des produits de l’industrie culturelle nord-américaine. Les analyses porteront par exemple :

  • sur la manière dont les identités nationales de bien des pays du sous-continent se fondent sur des symboles voire des icônes artistiques (dans le domaine de la danse et de la musique en particulier : tango, samba, salsa, cueca…).
  • sur les formes de transmission des cultures européennes depuis l’époque moderne : malgré la résurgence de quelques mouvements indianistes et malgré l’importance grandissante de la culture nord-américaine, la référence européenne demeure prépondérante dans le domaine artistique (formation et séjours des artistes en Europe, diffusion des modes d’enseignement et des références artistiques). 
  • sur la question de l’appauvrissement de certaines formes de création du fait de la mondialisation (cas de la telenovela, par exemple), celle de la perte de savoir-faire (principalement artisanaux) ou encore celle de l’uniformisation (par le biais des biennales dans le domaine des arts plastiques, notamment).

Ces projets s’appuieront sur un partenariat avec l’Université des Andes, Bogota, Colombie, facultad de Artes y Humanidades et l’Université du Chili,  Santiago, Facultad de Artes dans le cadre de bourses ECOS et possiblement de financements européens dans la mesure où ces projets s’intéressent à la question de la transmission de l’héritage culturel européen.       

- Les identités culturelles seront aussi abordées par le biais de l’histoire sociale. La culture de certains groupes sociaux fera l’objet d’analyses. Plusieurs approches seront proposés, sociabilités culturelles religieuses (protestantismes), sociabilités paysannes (au travers du programme sur la viticulture (2014-2024) via l’univers des sociabilités viticoles, viticulteurs, négociants, etc.), ou encore sociabilités ouvrières du midi aquitain pour l’époque contemporaine.Enfin les identités culturelles seront abordées via l’histoire des représentations, notamment par le prisme des approches du sensible (les sens par exemple). Le programme de recherche sur la viticulture sera notamment le support de cet axe par des études sur la longue durée. Il sera fait appel ici à la pluridisciplinarité (le champ de l’histoire, l’histoire de l’art, les Lettres notamment), et à des coopérations avec des centres spécialisés, notamment dans le domaine de l’histoire alimentaire (Tours). 

 

B/ Patrimoines (étude, valorisation, médiation)

Coordinateurs : Patricia Heiniger Casteret et Dominique Dussol

Ce sous-thème à travers des approches appartenant aux domaines de l’anthropologie, de l’ethnographie, de l’archéologie, de la linguistique, de l’histoire, de l’histoire de l’art et de l’esthétique, se propose d’appréhender le patrimoine culturel, matériel et immatériel. Le midi aquitain sera le terrain le plus étudié, et soumis systématiquement à des comparaisons nationales, européennes et internationales. La notion de patrimoines, prise au sens large inclut les approches du patrimoine architectural, du patrimoine mobilier, du patrimoine rural, du patrimoine industriel, mais aussi du patrimoine immatériel.

Ce thème de recherche s’arrime à un axe structurant de la politique de l’établissement, et bénéficiera de partenariats multiples déjà existants : chaire Total sur le patrimoine ; partenariats avec l’UNESCO, le ministère de la Culture, les collectivités territoriales de la région (CR aquitaine, CG40, CG64) et au-delà et d’entreprises de la région (Caves coopératives, entreprises industrielles). Le master valorisation des patrimoines, et la création d’une licence professionnelle sur les patrimoines par le département d’histoire pour la prochaine habilitation de l’établissement permettront de poursuivre la structuration de ce pôle d’enseignement et de recherche autour du laboratoire ITEM comme un axe majeur.

1. Patrimoines en mutation

  • Patrimoines et villégiatures. Entre la fin du XVIIIe siècle et aujourd’hui, les paysages culturels de l’extrême Sud-Ouest de la France ont muté, passant d’un statut de quasi-relégation aux marges physiques de la nation française (crise économique et identitaire provoquant de puissants flux d’émigration vers les États-Unis et l’Amérique du Sud) à celui d’espace de distinction par l’effet conjoint d’une conscience politique affirmée (Napoléon III) et du phénomène de la villégiature. Ainsi, dans les Pyrénées, au patrimoine pastoral (cf. thème 1.1.) a succédé l’émergence de stations thermales modernes et élégantes ; sur la côte Atlantique, les petits ports de pêcheurs ont dû cohabiter avec l’habitat et les équipements inhérents à la vogue du balnéaire. Au sud des Landes, le long de l’Adour, les deux phénomènes se sont croisés.

Mais là où le patrimoine bâti a été le plus dénaturé, notamment sur la côte, de nouvelles interprétations surgissent à travers le mouvement du néo-régionalisme. Car les traditions perdurent et le concept de « retour aux sources », qui émerge au début du XXe siècle, s’appuie sur un état patrimonial encore existant. À l’intérieur des terres, le long de l’Adour et de ses gaves, un phénomène de flux (arrivée de la modernité) et de reflux (retour aux sources) concerne essentiellement les villes (Dax, Pau) ou bien se concentre sur des bourgs à destination thermale ou touristique (stations de ski). Les territoires ruraux s’avèrent nettement plus épargnés. De ce fait, les Pays de l’Adour imposent leur singularité culturelle dans la cohabitation physique de patrimoines qui se sont stratifiés en moins de deux siècles.

Cet état des lieux n’est certes pas unique en France et tout l’intérêt réside précisément dans la confrontation qui peut être opérée avec d’autres espaces ayant connu des transformations culturelles et sociétales similaires, tels que le Roussillon ou les Alpes-Maritimes. Un autre élément, politique, s’ajoute à ce questionnement : celui du rapport à la frontière et à un territoire qui fonctionne comme un espace-miroir. En parallèle, est apparu un patrimoine industriel à part entière, en cours de reconsidération, mais aussi, dans l’intérieur des terres, un patrimoine lié au renouveau de la culture de la vigne (chais, coopératives).

  • Patrimoines industriels. L’histoire industrielle du midi aquitain s’insère dans une démarche de patrimonialisation en prise avec les acteurs du territoire. Sur les bases du colloque autour du bassin de Lacq (2013-2014) pour lequel le laboratoire ITEM avait été un partenaire important, l’histoire industrielle du midi aquitain et les patrimoines industriels qui en découlent seront l’objet de la préoccupation des chercheurs dans le domaine de l’histoire la plus contemporaine. La participation au labex toulousain sur l’histoire et le patrimoine aéronautiques (2015-2018) fera l’objet d’études spécifiques autour des industries de la zone (Pôle Turboméca de l’agglomération paloise installé depuis 1939, pole basco-landais autour de l’estuaire de l’Adour, pole d’Aire sur Adour, pole tarbais). Des études sur les patrimoines liés à l’exploitation de l’eau seront aussi envisagées, à l’image des travaux expérimentaux engagés sur la vallée d’Ossau (2014-2016). Les industries traditionnelles et leurs héritages (métallurgie, textile, marbreries…) seront aussi étudiés à partir de 2018. Des partenariats avec le secteur privés sont ici en négociation.
  • Patrimoines ruraux. L’étude des patrimoines ruraux sera abordée en lien avec les travaux déjà en œuvre avec certaines collectivités territoriales de la région, aussi bien autour de quelques bassins précis par le biais d’études micro historiques (CC de Thèze nord du 64, CG40 et 64), qu’au travers de l’appui à des réseaux associatifs déjà actifs (réseaux des Bastides 64, réseaux des moulins 64). Le programme sur la viticulture permettra aussi de réfléchir aux patrimoines viticoles de l’ensemble du midi aquitain au travers de quelques terroirs (Armagnac, Buzet, Irrouléguy, Jurançon, Madiran, Saint-Mont, Tursan notamment). Ces études sont le fruit de partenariats régulièrement renouvelés.
  • Patrimoines mémoriels. Les réflexions menées autour de la mémoire des conflits depuis 2011 seront poursuivies à partir de 2016, dans la continuité des travaux antérieurs, le laboratoire ITEM se positionnant ici tant dans le domaine de la recherche que de la valorisation des savoirs auprès de publics élargis (scolaires, associations mémorielles, villes et pays d’art et d’histoire de la région, grand public). Les terrains sont ici multiples : mémoire des guerres médiévales via les forteresses fébusiennes (CG64 et 09), constructions de l’ère Vauban (mairie de Bayonne), mémoire de la Première Guerre mondiale dans le cadre des manifestations du centenaire (2014-2018), mémoire de la Guerre civile espagnole en lien avec les universités de l’Espagne du nord, mémoire de la Seconde Guerre mondiale, notamment autour de la deuxième tranche de la valorisation du camp de Gurs (en partenariat avec l’ONAC-VG 64 et la préfecture des PA), mémoire des guerres coloniales.
  • Patrimoines religieux. Le midi aquitain conserve un important patrimoine religieux dont la constitution s’étale dans la longue durée et qui se révèle être extrêmement varié : édifices le long des voies jacquaires convergentes vers les cols pyrénéens, sanctuaires à pèlerinages dont Lourdes est la dernière manifestation, les deux vagues de construction de temples protestants au XVIIe puis au XIXe s., présence de communautés juives à Bayonne. La désaffection religieuse de la seconde moitié du XXe siècle pose la question de la patrimonialisation ou de la reconversion d’une partie du bâti hérité et des objets du culte…. De même l’évolution des sensibilités religieuses et la pression foncière dans les cimetières suscitent de nombreuses interrogations sur la conservation d’un patrimoine identitaire pour l’ensemble des communautés religieuses. Ce patrimoine fera l’objet d’études portant sur sa sauvegarde en lien avec les collectivités territoriales et les institutions muséales (musée du trésor du sanctuaire de Lourdes, musée Jeanne d’Albret à Orthez).

2. Patrimoine Culturel Immatériel en Aquitaine : la dialogique des patrimoines

Recentré sur l’étude de l’homme et de son milieu, il s’agira pour ce sous-thème tout particulièrement de mieux connaître les modalités relatives à la transmission des pratiques et des savoir-faire, d’étudier les particularismes locaux, leurs évolutions et leurs mutations, mais aussi d’appréhender les patrimoines imaginaires replacés dans leur expression sociétale et culturelle. L’inscription régionale de la thématique n’est pas restrictive puisque les études comprennent des volets comparatistes avec des exemples nationaux et internationaux qui en élargissent le champ. Les patrimoines n’étant pas considérés ici comme un reliquat historiciste du passé, mais comme une entité vivante et dynamique, la méthodologie traditionnelle (fondée sur les recensements et les inventaires, les analyses de données et la constitution d’une documentation scientifique) se complète par une démarche plus prospective qui a pour objectif d’être utilisée dans des actions de valorisation ou de médiation patrimoniales, à destination des collectivités et des institutions concernées. La démarche s’inscrit dans le cadre des conventions de l’UNESCO de 2003 et du Conseil de l’Europe de 2005.

Faisant suite à la première étude sur le Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Aquitaine (2010-2014), une seconde phase du travail de recherches sera développée jusqu’en 2018 en partenariat avec le Service Régional de l’Inventaire (Aquitaine), l’Ethnopôle In-Oc Aquitaine et le Parc National des Pyrénées. Les pratiques vivantes étant imbriquées et partie prenantes d’ensembles patrimoniaux, naturels, mobiliers, immobiliers et linguistiques, ce second volet établira un protocole commun d’évaluation des données recueillies afin de saisir les dynamiques patrimoniales en action. Les deux points de vues, éthique et émique, ici convoqués se placent sur une vision ascendante, bottom up, de la définition du patrimoine, mettant l’accent sur les enjeux sociaux, économiques et culturels. Cette démarche participative faite d’observations, de collectes audio et audiovisuelles, d’enquêtes filmées, intégrant autant des éléments exceptionnels comme ordinaires, traitera les données de façon raisonnée et les versera dans le fond d’archives numériques existant, « PCIA ». Une réflexion internationale avec l’Université de Cagliari (Italie-Sardaigne),  la Fondazione Casa di Oriani de Ravenne (Emilie-Romagne-Italie) et l’Université de Bucarest, est engagée. Cette réflexion de recherches et ce travail en réseau permettra de répondre à un projet européen de recherche.

chaire UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel 

3. Les villes englouties

Innombrables sont les mythes et légendes, mais aussi les contes et les chansons populaires qui évoquent des villes englouties. L’Atlantide et la cité d’Ys constituent sans aucun doute les exemples les plus fameux, mais il en est bien d’autres : Gwened, Tartessos, Kitèje, îles Cassirétides, îles d’Héra et de Gadir… Autant de noms et de récits qui entrent en résonance avec le mythe quasi universel du déluge et qui, en nourrissant fantasmes d’engloutissement et visions apocalyptiques, suscitent maintes spéculations et interprétations et fournissent une source d’inspiration à nombre d’œuvres artistiques et littéraires. Les mentions faites par des auteurs anciens, tels Solon, Strabon, Hérodote, Ptolémée ou Pline l’Ancien et par des récits de voyageurs donnent un semblant d’assise historique à des rêveries et des croyances auxquelles des découvertes archéologiques apportent parfois la confrontation et la confirmation de la réalité.

Le champ des ruines englouties, indiscutablement, est appelé à s’étendre sous le coup des transformations des conditions de son exploration. Les évolutions des méthodes et des techniques de l’archéologie sous-marine et subaquatique (robotique, en particulier) autorisent des fouilles dans des sites autrefois inaccessibles. De son côté, le perfectionnement des modes d’enregistrement photographique et cinématographique permet de mieux documenter les découvertes. Enfin, la détermination de règles internationales pour la protection du patrimoine culturel subaquatique  pose un cadre juridique qui change aussi la donne. L’intérêt renouvelé pour une thématique immémoriale n’est pas le seul fait de ces développements scientifiques et culturels récents. Les questions très actuelles du réchauffement climatique et de la gestion des ressources aquatiques lui donnent une nouvelle orientation qui suscite parfois la recrudescence d’un imaginaire et d’une pensée de la catastrophe. Elles lui confèrent aussi un tour politique et économique inédit, à une échelle planétaire et dans un contexte souvent qualifié d’urgence qui oblige à repenser les formes d’une maîtrise écologique et les termes d’une nouvelle culture de l’eau.

Toutefois, les villes englouties sont aujourd’hui moins le résultat de cataclysmes naturels ou de plus lentes érosions et modifications climatiques et géologiques que de décisions humaines. Bien des localités ont été submergées à la suite de la construction d’un barrage ayant occasionné des déplacements de populations. Les gains et les pertes consécutifs méritent d’être mesurés à l’aune des résultats et des bouleversements produits : transformations paysagères, création ou épuisement des ressources, destruction ou sauvegarde patrimoniales, échec ou réussite de conversions touristiques, modifications des usages, des formes d’habitat et des modes de vie, mais aussi traumatismes et conduites de résistance, persistance ou invention de rituels… Les travaux d’anthropologues mais aussi les réalisations de documentaristes et d’artistes plasticiens, qui se font les témoins de telles mutations et qui enregistrent leurs conséquences humaines, pourront tout particulièrement nous aider dans cette évaluation, comme le montrent, par exemple, les films de l’artiste chinoise Chen Quilin sur les zones inondées de la vallée du Yangzi Jiang.

Un partenariat avec l’Università degli Studi di Roma « La Sapienza » et l’Universidad de Saragoza développé en 2015 se poursuivra en 2016 et 2017, se donnera pour mission d’explorer ces diverses directions et réunira des chercheurs en sciences humaines et sociales (archéologues, historiens de l’art et de la musique, littéraires, historiens, géographes, philosophes, anthropologues, ethnologues, spécialistes des mythes et des religions), en sciences de la Vie et de la Terre et sciences de l’environnement. Dans la mesure où le projet met en œuvre un partenariat entre trois pays européens (France, Espagne et Italie) et où il aborde, par certains de ses aspects, les questions de la gestion des ressources aquatiques, des risques liés au changement climatique et, en particulier, de leur impact sur des sites patrimoniaux, un financement européen sera recherche à travers le programme « Horizon 2020 ».